Pourquoi les développeurs ne font plus confiance aux recruteurs ?

Billet initialement publié sur le blog de JobOpportunIT

Suite à mon précédent billet volontairement polémique, Pourquoi les développeurs sont des enfants gâtés ?, j’ai eu de nombreux retours et commentaires. Je n’en retiendrai qu’un seul :

« Est ce qu’on est des enfants gatés ? Dans le monde actuel, clairement ! Mais on serait bien con de pas en profiter »

Je voudrais aujourd’hui aller plus loin dans la réflexion sur le « pourquoi les développeurs ne répondent plus aux sollicitations des recruteurs ». Et cette fois-ci, en me plaçant côté candidat.

Cependant Nicolas m’a devancé de peu avec un article très intéressant : Comment différencier le recrutement du harcèlement ?. Il a été victime d’une blague : un faux CV de dev Java/JEE a été mis sur Monster avec ses coordonnées. Le constat est sans appel et accablant.

En résumé, les SSII/ESN (en grande majorité mais pas que) se sont « lâchées » : sur-sollicitation, emails et messages vocaux insipides et sans véritable contenu/personnalisation…

N’importe quel dev expérimenté sait pertinemment qu’il ne faut pas mettre son CV sur Monster !  Il n’y a que les jeunes diplômés qui ne le savent pas, et encore…

On reproche beaucoup aux recruteurs, à juste raison, d’être des robots et de faire des messages copier-coller sans rapport avec le profil.

Cette fameuse « approche » de marchand de viande est-elle le vrai fond du problème ?

Ma réponse est NON ! Elle cristallise tout le monde car c’est la partie visible, immergée de l’iceberg. Ce n’est pas parce que le message est mauvais que la société et le poste le sont aussi. Si Google vous contacte avec 2 pauvres lignes pour vous recruter, bien sûr que vous répondrez !

Arrêtons donc 5 minutes de nous focaliser sur cet appel ou sur ce message laissé par les recruteurs. Reposons-nous la bonne question : Pourquoi les dev ne répondent plus aux sollicitations ?

En fait, le jeu est biaisé dès le départ ! Avant même l’envoi du message, le « combat » est déjà perdu par le recruteur (de SSII ou pas).

Les dev n’ont plus confiance et ne savent plus à qui se fier. Ils sont tout simplement perdus ! Pas convaincu ? Passons en revue les choix qui s’offrent à eux :

  • Postuler à une annonce : il n’y a que des offres insipides et sans âmes de SSII à 99%. On trouve le même bla bla d’une annonce à l’autre avec juste la techno qui change.
  • Mettre son CV en ligne : on l’a déjà dit plusieurs fois, c’est suicidaire.
  • Se faire chasser sur les réseaux sociaux : c’est exactement la même chose qu’une CVthèque.
  • Postuler en spontanée : peu de dev le font car il est très difficile d’identifier un client final et de savoir si la société est bien ou pas (surtout pour une startup qui est peu « visible »)
  • Se faire coopter : la plupart des amis sont aussi en SSII, on change juste de boucher.

Ils ont beau être courtisé, avoir le choix, la qualité n’est pas au rendez-vous…

Une certaine rancœur et haine (justifiées !) se forge alors envers les recruteurs…

Je suis moi-même un ancien dev et j’ai créé récemment mon propre cabinet de recrutement spécialisé en informatique JobOpportunIT (voilà, c’est dit !). J’ai beau répéter que je ne suis pas une SSII, on ne me croit pas. Je dois toujours expliquer mon modèle avant d’entendre : « ah d’accord, c’est vraiment bien ce que vous faites ».

On voit déjà que je pars avec un handicap car je suis un recruteur IT…

Ce sont 2 événements coup sur coup la semaine dernière et le billet de Nicolas qui m’ont aidé dans ma réflexion :

Lundi 26 juin à 20h, commence une longue discussion avec une candidate (le profil type à être harcelé) qui a été retenue pour entretien avec un de mes clients. Depuis le début, je la sens sur la réserve, méfiante, et pourtant c’est elle qui m’a contacté il y a 3 mois suite à une recommandation.

Elle a tellement connu de mésaventure avec les SSII qu’elle n’a plus confiance en personne. Je suis forcément en train de lui sur-vendre le poste, de lui mentir, bref, de l’arnaquer. J’ai dû lui expliquer mon mode de fonctionnement : cabinet de recrutement, facturation au résultat et en plusieurs fois pour qu’elle comprenne que je ne suis pas son « ennemi ».

L’histoire se termine bien puisqu’elle m’a entendu, fait confiance et elle a passé hier son 1er entretien. Je pense qu’on va débriefer ce matin par SMS 😉

Je ne suis pas en train de dire que les candidats sont paranoïaques, d’accord ? 😉

Mercredi 28 juin à 21h, je discute avec des dev à l’apéro qui suit un meetup technique. On échange sur le harcèlement que les dev subissent. L’un d’eux m’avoue qu’il n’ose plus mettre à jour son profil Linkedin depuis de longs mois, de peur d’attirer l’attention des recruteurs. Les mots clés ont été aussi retirés. Il est même impensable pour eux de mettre un CV en ligne…

A force d’expériences ratées et réussies, ils ont un « pool » de personnes et de sociétés de confiance à qui ils font appel ou recommandent leurs connaissances.

Normalement le candidat est censé faire confiance à un recruteur. Celui-ci est aussi censé être à l’écoute de ses candidats et lui proposer le job adapté. On en  est (très) loin…

Que peut-on faire ?

A tous mes confrères dans le recrutement et les RH, je dirais : bougez-vous !

Arrêtez de faire n’importe quoi avec le mass mailing impersonnel. Prenez du temps pour construire un vrai réseau. Certes cela demande des efforts et une grande volonté dans son travail quotidien. Surtout quand on est en SSII car le court termisme règne.

Il faut tout simplement revenir aux fondamentaux

Soyez humains (pas des robots) et écoutez vos candidats. D’ailleurs, cela m’énerve de voir partout que le recrutement c’est du commercial. On dirait le vendeur qui utilise toute une palette de techniques pour vous faire accepter quelque chose que l’on ne voudrait pas.

Proposez plutôt à vos candidats un partenariat sur le long terme (pas des mots en l’air, ok ?). Vous pouvez aussi aller discuter avec les dev en IRL. Par exemple dans un meetup. Mais pas juste une fois pour dire que « le ROI n’est pas immédiat » et que « ça sert à rien » parce que l’on est resté dans son coin ou que l’on a fait le recruteur relou…

Il faut comprendre ce que vous faites et vous renseigner sur votre secteur. Je vais choisir un exemple trivial que je vois encore : confondre Java et JavaScript, ce n’est plus possible ! Je sais que c’est dur, que l’investissement est énorme. Je sais que vous n’avez pas le temps, que vous êtes payé à coup de lance pierre, que vous avez la pression. Mais c’est votre salut ! 😉

Même si cela ne fait pas tout, ce gars-là a tout compris !

A tous mes anciens collègues et candidats dev, vous aurez toujours des recruteurs IT qui sont des charlatans mais il faut savoir que la plupart font mal leur job sans le savoir : Développeurs, pourquoi les recruteurs IT ne comprennent rien à votre métier ?

Prenez un peu le risque parfois de répondre à un message. Pensez à ceux qui essayent de faire leur boulot correctement, vous passez potentiellement à côté. Vous pourriez faire la connaissance d’un recruteur de « confiance ». Je ne suis pas parfait mais je suis à l’écoute, ouvert, transparent et j’essaye de défendre au mieux l’intérêt de mes candidats. Et d’autres le sont surement aussi 😉

Sur Linkedin, vous pouvez déjà améliorer (un peu) le harcèlement en configurant ces 2 pages : A l’écoute et Objectifs professionnels

Pour connaitre les 2 univers, je suis triste de voir le fossé et l’incompréhension qui sépare les dev et les recruteurs… A nous tous, développeurs et recruteurs, de faire des efforts et de faire en sorte que la confiance revienne 🙂

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Recruteur et sans décolleté !

Oui, je suis un homme et je fais du recrutement/RH en SSII ! Non, je ne me travestis pas pour attirer ou plaire aux candidats… Autant un recruteur homme ne choque pas dans beaucoup d’autres filières, autant en SSII et dans l’informatique en général cela parait… bizarre !

Tout est parti d’un échange de tweet avec Jean-Baptiste, lui aussi recruteur, suite à cet excellent billet de Ludwine : Développeuse, une histoire vraie.

Tweet

Il est vrai que mes collègues ont été choqués le jour où j’ai annoncé que je quittais le monde du développement logiciel pour les ressources humaines. Déjà que ce revirement de carrière n’est pas commun, en plus pour un homme !

Certes, les ingés n’ont pas beaucoup de femmes dans leurs équipes. Alors pour beaucoup au moment où ils mettent leur CV en « pâture sur Monster », autant avoir une jolie fille au bout.

Bref, vous l’aurez compris, beaucoup de préjugés… Pour preuve, les innombrables emails reçus commençant par « Madame » et cette petite phrase tirée de l’email d’un candidat (un peu énervé), il y a quelques mois :

Je vous invite donc à continuer à recruter des ingénieurs sensibles au décolleté ravageur d’une assistante décérébrée !

 

Alors, faut-il avoir un petit haut moulant et une longue chevelure blonde pour recruter des informaticiens ?

Et bien non : c’est mon job à plein temps et il est fait correctement (enfin j’espère !). Certes un recrutement est un travail de séduction des deux parties, mais n’exagérons pas. Sinon autant lancer tout de suite un concours de tour de poitrine chez les recruteuses ! Celle qui a le plus d’atouts fait signer le candidat ? Réduire l’ingénieur informatique a quelqu’un de facile à séduire et déstabiliser : peut être les jeunes fraichement sortis de l’école ? Mais l’informaticien est très souvent tout sauf un geek, avec une vie sociale, une femme et des enfants…

Mon job me passionne, je recrute des ingénieurs et des ingénieures sans qu’au final mon genre ait joué en quoi que ce soit… Mes candidats ont l’impression de parler d’égal à égal, que je sois un homme ou une femme, pas à quelqu’un ne comprenant rien à leur métier. Et ça, je pense que c’est le plus important !

Je ne joue pas non plus un numéro de charme aux candidates, mais peut être que je devrais finalement !?

@Jean-Baptiste et Ludwine, si je fais un T-Shirt, il sera bleu ! 🙂

 

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